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Samedi 31 mars 2007Se déroulait aujourd’hui à Pérignac, jolie commune de 988 habitants appartenant au canton de Pons, une rencontre audacieuse entre les animateurs de la vie locale et la Ligue de l’Enseignement de Poitou-Charentes, porte-parole de la Culture Populaire. En remerciement à l’équipe du Comité des Fêtes pour son accueil chaleureux, je tente ici d’apporter une contribution au débat soulevé : comment articuler les politiques culturelles avec les attentes des citoyens et le développement des pratiques artistiques en milieu rural ?
1) Définitions
Traditionnellement, le mot culture recouvre deux fonctions dans le domaine des politiques publiques :
- Les fonctions transversales : protection du patrimoine, enseignement artistique – musique, danse, théâtre, arts plastiques, bibliothèque ou lecture publique,
- Les fonctions de création et de diffusion : orchestre, opéra, théâtre et danse, particulièrement si un équipement existe (théâtre, salle de spectacle, labellisée ou non).
Toutefois, on note une évolution de la perception du fait culturel par les citoyens : culture loisir, culture consommation. Nous aspirons tous désormais à «profiter» de biens d’équipements (piscine, mais aussi école de musique pour nos enfants, bibliothèque, etc.).
La pratique artistique quand à elle est une démarche d’individu (s) qui parte (nt) à la rencontre d’un public qu’il(s) trouve(nt) ou non.
2) Aménagement du territoire et démocratisation culturelle
L’aménagement du territoire, qui vise à renforcer la cohésion sociale et territoriale du pays, demeure le défi majeur du monde rural. Il repose, selon la définition proposée par les Agenda 21, sur un projet de développement économique durable et respectueux de l’environnement.
Il lève aussi d’épineuses questions en matière d’accompagnement de la démocratisation culturelle : comment réduire l’inégalité géographique en matière d’accès aux équipements pour que chacun puisse pratiquer un instrument de musique, puisse apprendre à danser, puisse fréquenter une bibliothèque, puisse voir un spectacle ? Quelle place donner à la création à travers notamment les compagnies de théâtre et de spectacles de rue qui sollicitent les collectivités ? Qu’en est-il alors de l’apprentissage du spectateur ou de la pratique amateur et in fine de la fréquentation des équipements ?
3) Les limites de la décentralisation en matière culturelle
Les politiques publiques sont aujourd’hui plus qu’avant territorialisées car un ensemble des textes législatifs a placé la notion de projet de territoire au cœur des politiques publiques. Principalement : La Loi relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale du
Ces nouvelles logiques territoriales ont créé des logiques d’affrontement entre systèmes d’acteurs qui rejaillissent souvent sur les politiques culturelles. Comme les ateliers de travail de Pérignac l’ont clairement fait ressortir, de nombreuses questions restent ouvertes quand à la relation d’une population à son territoire, son histoire, son devenir, son identité, la place des pratiques culturelles (souvent assimilées aux loisirs). La relation entre la ville centre et les communes qui forment l’intercommunalité constitue une problématique forte dans le domaine de la culture alors que la mutualisation de la gestion des voieries ne fait plus débat depuis longtemps. La culture ça se voit, ça s’entend et la décision de construire un équipement, ou d’aider tel ou tel artiste, ou d’encourager telle ou telle pratique peut susciter commentaires, critiques et même blocages. Ainsi faudrait-il en déduire que les pratiques artistiques sont nécessairement contraintes par les enjeux territoriaux et que nous romprions en France avec le principe de culture universelle ?
4) Pour un Etat régulateur et garant de l’équité territoriale en matière d’accès aux pratiques artistiques
Les équipements culturels occupent une position stratégique dans l’évaluation des politiques culturelles. L’étude de leur fréquentation permet de mesurer la réalité de la démocratisation des pratiques. Les équipements culturels, pour justifier leur existence, dans un contexte de démocratisation doivent attirer un public qui n’est pas obligé de les fréquenter (à la différence de l’école). Or la fréquentation d’un équipement n’est pas l’indicateur réponse à tout et il n’existe pas un public mais des publics. Cette question est d’autant plus sensible avec la mise en place de la LOLF qui demande aux structures culturelles la création d’indicateur de performance. Performance certes mais quid de la qualité artistique ? Un exemple : quel ratio peut mesurer la qualité artistique d’une œuvre contemporaine ? À l’origine de la construction des maisons de la Culture, on ne s’est pas posé la question du public : on a décidé d’apporter la culture.
D’où à mon sens le nécessaire besoin de développer des politiques d’accompagnement des publics, opérées par les collectivités locales, et garanties par l’Etat, en particulier pour tous les territoires isolés ou en difficulté, à travers une Loi d’Orientation de la Culture, comme le propose François Bayrou.
Céline Alléaume.
